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Cronicas d’Occitània [fs02] – Suls Trobaires en Flandra (over de Trouvères van Vlaanderen en Flamand)

Cronicas d’Occitània – Fòra de seria [02] suls Trobaires en Flandra

Kroniek van Occitanië – Speciale editie [02] over de Trouvères van Vlaanderen

Article écrit par Amélie Bouvier

Adieusiatz tot·e·as ! Aujourd’hui, en attendant le prochain numéro des Cronicas (qui fera suite au premier sur le sujet des troubadours), Amélie (autrice des excellents Télévoyages) vous propose un hors-série sur les Trouvères, successeurs chronologiques des troubadours, et plus particulièrement ceux de sa région natale, la Flandre (Flandra en Occitan) ! J’espère que ça va vous plaire :) – Raphaël Boué-Morel

Hallo mijn vrienden, j'en profite de l'excellente proposition de Raphaël Boué-Morel auteur des Cronicas d'Occitània de faire un hors-série sur les trouvères en parlant ici des Trouvères et surtout des Trouvères dans la culture flamande.

Qu'est ce que la Flandre ?

Drapeau de la Flandre, vous pouvez retrouver mon article de Télévoyage sur la Flandre avec ce lien

Carte montrant les différentes régions de la Flandre actuellement

Frontière approximatives de la Flandre culturelle (qui comme vous le voyez est centrée autour de l'ancien comté de Flandre mais s'en distingue par de nombreux éléments comme au Sud, les Flandres Artésiennes faisant partie de l'Artois (partie est du Pas de Calais principalement) mais qui sont aussi de culture Flamande)

Elle n'est pas à confondre avec la communauté néerlandophone de Belgique qui est aussi appelée Flandre principalement à cause d'une erreur des wallons et des autorités belges qui appelle flamands les personnes de langue néerlandaise (dû au fait que la Flandre était la partie de la Belgique la plus densément peuplée de néerlandophones, erreur que l'on fait aussi en France en excluant généralement Douai de la Flandre alors qu'elle est de culture Flamande également et que la Flandre est bilingue depuis l'époque des premiers royaumes francs).

Cette appelation qui pose le problème d'exclure les Flamands romans (qui avaient même tenté lors de la division linguistique de la Belgique de former une province de Flandre wallone autour de Tournai au sein de la Wallonie en se séparant du Hainaut pour défendre la culture de la Flandre Romane, proposition refusée par le gouvernement Belge), exclues également la Flandre française et la Flandre zélande (respectivement en France et aux Pays-Bas) et inclus le Limbourg et le Brabant néerlandophone dedans alors qu'ils ont des cultures distinctes (principalement pour le Limbourg, avec quand même une certaines proximité le Brabant, autant que le Hainaut ne l'est de la Flandre).

Carte de la communauté néerlandophone de Belgique

Les Trouvères

Comme l'avait bien évoqué Raphaël, la culture musicale des Troubadours naît en Occitanie.

Carte de l'Occitanie au XIIème siècle, on voit ici des distinctions avec la frontière actuelle, comme par exemple la Saintonge (actuelle région de Charente) qui a fini par utiliser le saintongeais, une langue cousine du Poitevin juste au nord de celle-ci venant du Poitou

Les Trouvères sont directement influencés par les Troubadours qui débutent vers le XIème, c'est Aliénor d'Aquitaine et sa fille Marie de Champagne qui amène cet élément de la culture Occitane dans le nord de la France dans les régions de langue d'Oïl (un groupe de langues romanes du nord de la France souvent considérée comme une seule langue mais par certains linguistes de nos jours, on commence à voir des ouvrages disant que par exemple les langues picardes (auquel fait partie le flamand roman (appelée souvent Ch'ti où l'Flamind romin dins l'lingue d'l'Sud d'l'Flinde)) et Wallones sont des langues distinctes du Français (de manière générale la distinction entre dialecte et langue est une affaire compliquée et généralement dépend d'affaires politiques que linguistiques)).

Différentes langues d'Oïls avec le flamind romin faisant partie du Picard

En effet, Aliénor d'Aquitaine est reine des Francs (la notion de royaume de France n'apparaissant pas encore) de 1137 à 1204 et elle est également duchesse d'Aquitaine (un des plus puissant états du royaume et est de culture Occitane), elle apporte ainsi les troubadours au nord, et sa fille Marie de Champagne continue cela.

Aliénor d'Aquitaine

Marie de Champagne

Et ainsi vers 1160, les Trouvères commencent à s'établir dans le Nord, principalement dans les Riches états du Nord, La Flandre, la Normandie, la Champagne, l'Artois. Ces états étant à cette époque à leur apogée de leur richesse avec une culture très riche.

La Flandre était alors durant son apogée (qui ne se terminera que vers le milieu, voir fin de la renaissance), par son commerce de draperies et de tapisserie qui fait qu'elle est énormément comparée aux riches états du nord de la péninsule Italique. Les produits Flamands étaient alors vendus dans toute le nord de l'Europe jusqu'à Novgorod en actuelle Russie par le réseau des cités Hanséatiques, appelée la ligue Hanséatique (qui fait qu'actuellement le style architectural de nombreuses villes du Nord de l'Europe sont très proches), réseau permi par la politique Flamande qui offrait une forte autonomie aux cités du Comté permettant le développement du commerce.

L'histoire d'Alexandre le grand, Tapisserie Flamande venant d'un atelier de Tournai en Flandre romane

Les cités de la ligue Hanséatiques avec tout à droite la présence de Novgorod

La Flandre voit rapidement ainsi la montée de nombreux auteurices issus de ce mouvement utilisant pour langue principalement le flamand roman (langue aussi prestigieuse voir souvent considérée comme plus que le vieux français) mais on peut trouver également quelques auteurs en flamand occidental (la langue germanique de la côte) utilisant les codes des Trouvères même si ils n'utilisent pas une langue d'Oïl ne peuvent pas être inclus dans le terme.

Point d'ailleurs ici, la noblesse flamande est ici principalement bilingue entre le flamand roman et le flamand occidental de par la présence des deux langues sur tout le territoire du comté (le flamand roman est attestée à Gand la capitale depuis le XIIème siècle), donc comprend parfaitement les chansons qu'importe la langue utilisée.

Les Trouvères viennent aussi prendre le relais des chansons liturgiques en latin mais aussi en Flamand roman (la plus ancienne chanson écrite dans une langue d'Oïl a été écrit dans l'ancêtre du Picard et du Wallon et vient probablement de la région frontalière entre la Flandre et le Hainaut, la Cantilene de Sainte Eulalie (une martyre chrétienne de l'époque Romaine)).

Voici le texte :

  1. Buona pulcelle fut Eulalia ;
  2. Bel avret corps, bellezour anima.
  3. Voldrent la veintre li Deo inimi ;
  4. Voldrent la faire diavle servir.
  5. Elle non eskoltet les mals conselliers,
  6. qu'elle Deo raniet chi maent sus en ciel.
  7. Ne por or ned argent ne paramenz,
  8. Por manatce, regiel, ne preiement,
  9. Neule cose non la povret omque pleier
  10. La polle sempre non amast lo Deo menestier ;
  11. Et por o fut presentede Maximiien,
  12. Chi rex eret a cels dis sovre pagiens .
  13. El li enortet, dont lei nonq chielt,
  14. Qued elle fuiet lo nom chritiien.
  15. Ell' ent adunet lo suon element.
  16. Melz sostiendreiet les empedemetz
  17. Qu'elle perdese sa virginitet.
  18. Por o s'furet morte a grand honestet.
  19. Enz en l'fou la getterent, com arde tost.
  20. Elle colpes non avret, por o no s'coist.
  21. Aczo no s'voldret condreidre li rex pagiens ;
  22. Ad une spede li roveret tolir lo chief.
  23. La domnizelle celle kose non contredist,
  24. Volt lo seule lazsier, si ruovet Krist.
  25. In figure de colomb volat a ciel.
  26. Tuit oram que por nos degnet preier,
  27. Qued avuiset de nos Christus mercit
  28. Post la mort, et a lui nos laist venir
  29. Par souue clementia.

Voici également sa traduction en français actuel :

  1. Eulalie était une bonne jeune fille ;
  2. Son corps était beau, son âme plus belle encore.
  3. Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre,
  4. Et lui faire servir le Diable.
  5. (Mais) elle n'écoutait pas les mauvais conseillers
  6. (Qui voulaient) qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel.
  7. Ni pour de l'or, ni pour de l'argent ou des parures,
  8. Ni pour des menaces, des caresses ou des prières,
  9. Nulle chose ne pouvait forcer (plier)
  10. La fille à toujours n'aimer le service de Dieu.
  11. Et pour cela, elle fut présentée à Maximien,
  12. Qui était en ces jours-là le roi des païens,
  13. Il l'exhorte, sans qu'elle y prête attention
  14. (à ce) Qu'elle fuie le nom chrétien.
  15. Elle en rassemble ses forces.
  16. Mieux (valût ?) qu'elle soutînt les tortures,
  17. Qu'elle ne perdît sa virginité.
  18. Pour cela elle mourrait en grand honneur.
  19. Ils la jetèrent dans le feu pour qu'elle y brûle.
  20. Elle était sans pêché et pour cela ne brûla pas.
  21. À cela, le roi païen ne voulut croire,
  22. Avec une épée, il ordonna de lui trancher la tête.
  23. La demoiselle ne contredit pas cela,
  24. Et accepta de quitter ce monde, si le Christ l'ordonnait.
  25. Sous la forme d'une colombe, elle monta au ciel.
  26. Tous prions que pour nous (elle ?) daigne prier,
  27. Que le Christ nous ait en sa pitié,
  28. Après la mort, et qu'à lui il nous laisse venir
  29. Par sa clémence.

La Flandre faisait partie de l'un des plus grands bastions des Trouvères avec la Champagne et le Brabant.

Duché du Brabant en 1350

Comté de Champagne en 1030 en jaune à côté du territoire contrôlé par le roi (en bleu sur la carte), vous pouvez remarquer que la Flandre était beaucoup plus grande puisqu'elle contenait aussi l'Artois (contrôle directement donné petit à petit par dote où conquête au Roi de France quelques années plus tard), le Boulonnais (comté autonome contrôlé par la même dynastie que la Flandre)

Malgré cela, les Trouvères n'avaient pas autant de considération qu'en Occitanie et était souvent plus populaires qu'en Occitanie, on a ainsi beaucoup de textes dont on ne connait pas les auteurices et même si on les connaît souvent, on ne connaît que peu leur histoire. Cela augmente avec le fait que les chansons pouvaient être copié et voyager et qu'en plus dans certains cas, on changeait la langue pour parler dans une autre cours (on a ainsi des textes techniquement en vieux français mais qui utilisent de la grammaires et des tournures venant du Flamand roman).

On voit également en Flandre et en Artois voisine, la formation de Puis, des confréries Littéraires et poétiques, bourgeoises (et non pas nobles) où l'on fait des concours de chants où de Poésie.

Ainsi même de nos jours, la majorité des textes sont anonymes et certains textes sont restés anonymes jusqu'à peu (même si pour certains, on n'est pas encore totalement sûrs).

Les Trouvères se distinguent des Troubadours ainsi grâce aux Puis qui offre l'introduction de nouveaux genres absents en Occitanie, on peut citer :

  • Le jeu parti, ce sont les affrontements poétiques dont nous avons parlé, il possède de nombreuses règles et il y a même un arbitre (généralement le chef du Puis) qui s'assure du bon respect de celle ci.
  • La chanson de Toile, racontant l'histoire d'une femme pleurant que son amant parti en Croisade (rappelons ici que la Flandre a été l'un des états les plus importants en Croisade, le drapeau flamand vient des croisades et beaucoup d'états latin d'orient (comté d'édesse, royaume de Jérusalem et empire latin de constantinople) étaient dirigées par des familles cadettes de Flandre).

états latin d'orient avec édesse au Nord et Jérusalem au sud en 1135

Empire Latin de Constantinople en 1204

  • Le Jeu dramatique, qui était intégrée directement au jeu théâtral.

Une autre distinction importante est que là où les Troubadours faisaient des chants qui était chantés par une seule personne, les Trouvères introduisent la polyphonie, avec donc l'introduction de plusieurs voix et aussi l'utilisation de plusieurs instruments.

Voici quelques exemples de ces textes de Trouvères flamands de la renaissance :

Un texte de Maroie de Lille, une grande Trouvère de Lille (Lille s'appelant Rijsel (à prononcer Rézeul en Flamand) dans le style de la chanson de Toile, écrit en flamand roman avec une grande inspiration du vieux français ( la rendant pendant de nombreuses années dur à authentifier) : https://www.youtube.com/watch?v=zIhzFJ0Mm_c

Voici également, une œuvre anonyme (même si les pistes de l'auteur s'oriente vers Jan Moritoen où Gillis Honin) venue de Bruges (surnommée la Venise du nord par ses canaux) datant de vers 1400, Egidius waer bestu bleven. Elle est en flamand occidental mais reprend tout les codes de la poésie des Trouvères, elle parle d'un homme qui fait le deuil de la mort de son ami, Egidius (d'où le titre qui se traduit en Egidius où es tu partie ?) : https://www.youtube.com/watch?v=wOAhkoE-9cE

Héritage

Les Trouvères disparaissent au profit de la naissance des styles beaucoup plus polyphoniques qui mettent fin aux Trouvères devenus archaïques face au nouveau style.

De plus, la Flandre lieu d'affrontement de la guerre de cent ans, alors que son peuple voulait rester neutre durant le conflit (car elle dépendait de la laine anglaise mais était vassale des français donc dans tout les cas, elle était perdante), elle est contrainte de prendre parti et devient le lieu de nombreuses révoltes populaires (contre d'abord le comte car trop pro roi de France, puis contre la famille qui a pris le pouvoir trop pro anglaises aux yeux des flamands et finalement lieu aussi d'affrontement entre les Bourguignons et les Français (la Flandre rentrant par héritage dans les états bourguignons)). De ce fait, affaiblis économiquement, les Puis disparaissent car les bourgeois qui les finançaient, finançaient alors surtout la guerre. Les Trouvères disparaissent ainsi en Flandre.

L'héritage des Trouvères en Flandre est très important, car il va former la base de la naissance de la polyphonie qui permettra des années plus tard durant la renaissance, la naissance de l'école des polyphonie flamande qui influenceront toute l'Europe et principalement la musique classique, ainsi que les bases de notre système actuel de musique. Beaucoup d'auteurs reconnaissent ouvertement s'être inspirés de la polyphonie flamande pour écrire leur musique. Et donc quand vous écoutez de la musique classique où étudiez la musique, n'oubliez pas qu'indirectement, vous écoutez l'héritage lointain des Trouvères de la douce Flandre.

Voici d'ailleurs la chanson Tandernaken, une polyphonie flamande de Jacob Obrecht (sans le texte qui a été en grande partie perdu), un habitant de Gand (capitale du comté de Flandre), racontant les conversations de jeunes filles sur la sévérité de leur mères et leurs conseils amoureux (on retrouve ici le thème de l'amour qui vient des Trouvères*) pendant qu'elles sont écoutés par un des amants des jeunes filles : https://www.youtube.com/watch?v=t1ewWKDuSfk

Jacob Obrecht

Je m'arrêterais ici, j'espère vous avoir appris des choses et que cela vous aura intéressé.

Mercés plan a Amélie per aquèste fòra-de-seria que foguèt fòrça interessant (Merci beaucoup à Amélie pour ce hors-série qui a été très intéressant), e a plan lèu dins las Cronicas d’Occitània per ièu o dins los Télévoyages d’Amélie ! (et à très bientôt dans les Cronicas d’Occitània pour ma part ou dans les Télévoyages d’Amélie !) – Rafèu

Notes de bas de page

* Note de Raphaël : et donc, indirectement, des troubadours :) La semaine prochaine (ou dans deux semaines en fonction du calendrier de publications de la LH), je parlerai d'ailleurs de la fin’ amor.